Quatre roues, un volant, un moteur, un châssis... Qu’elle soit une automobile utilitaire, une voiture familiale ou une sportive de rêve, elle semble ne pas avoir beaucoup changé en traversant les décennies. Américaine, européenne ou asiatique, elle ne vole pas, ne saute pas comme une puce pour éviter les embouteillages qu’elle occasionne. Et pourtant.
L’automobile a bien changé. Il suffit pour s’en convaincre de comparer un instant une Rolls Royce Silver Ghost du début du siècle à une prestigieuse berline européenne actuelle. Ou de s’installer au volant d’une Aston Martin DB 4 de 1958, puis aux commandes d’une Ferrari 456 GT. Les évolutions extraordinaires dont a bénéficié l’automobile n’ont pu se réaliser que parce que des ingénieurs, des designers, en ont rêvé. Les grands travaux de l’automobile onl été accomplis, et il est probable que les changements qu’elle va subir au cours du prochain siècle seront moins révolutionnaires en apparence que ceux qu’elle a vécus. En apparence seulement car ce sont maintenant les domaines de la pollution, de la consommation et de la sécurité qui vont monopoliser l’essentiel des recherches.
Ces voitures de demain, elles existent déjà virtuellement. Ce sont les concept cars, ces voitures de recherche, modèles uniques et d’un coût exorbitant, qui constituent souvent de véritables laboratoires roulants. Des voitures que les constructeurs exposent dans tous les salons du monde, pour montrer à leurs clients dans quelles directions ils travaillent, mais aussi pour tester auprès de ces mêmes clients certaines nouveautés stylistiques ou techniques qu’ils n’osent pas imposer d’emblée. Sur le plan esthétique par exemple, Mercedes a testé la nouvelle calandre de sa Classe E, assez osée avec les doubles phares ronds, sur un concept car. Le public a aimé, les journalistes aussi. C’était un bon choix. Citroën, de son côté, a présenté Activa, sa voiture à suspension active, lors du salon de Paris. Le résultat fut au dessus des espérances et la marque au double chevron commercialise désormais cette technologie sur ses modèles. Renault, Peugeot, Volkswagen, Opel, BMW, les constructeurs américains et japonais, tous agissent de même.
Au fil de ce dernier chapitre, on découvrira les plus beaux concept cars du monde. Ceux qui ont marqué cette fin de siècle automobile. Souvent dévoilées à l’occasion d’un salon, vitrines technologiques, ces voitures expérimentales font aujourd’hui partie du « paysage » pour le visiteur. Le salon de Tokyo, qui a lieu chaque année impaire, celui de Paris, chaque année paire, ceux de Detroit et de Genève, tous deux annuels, sont les plus riches en la matière.
Ainsi sont apparues l’Alfa Romeo Proteo, qui annonçait le retour de la marque italienne dans le créneau des coupés, les Audi Quattro et Avus, étonnants de beauté et d’agressivité, mais trop extravagants pour être commercialisés, la fantastique Bugatti EB 112 réalisée par Giugiaro ou l’étonnante Chrysler Atlantic. On a pu y admirer aussi la technologie des Citroën Activa et Xanae, l’audace d’une Ford GT 90, et la géniale Mercedes modulaire qui, comme un jeu de Lego, se transforme de berline en cabriolet, ou en pick up. Peugeot a réalisé des concepts sportifs pour exploiter ses titres de champion du monde des rallyes et Renault a décliné son concept des « voitures à vivre » avec un spider, Laguna, avec une grande familiale, Mégane, avec aussi un 4 x 4 lunaire, Racoon, et enfin une luxueuse berline, Initiale. Cette dernière, véritable
ballon d’essai dans un créneau où le constructeur au losange est absent, annonce d’ailleurs que « le travail est sur le métier ». Renault envisage en effet de produire une berline de très haut de gamme pour concurrencer BMW, Mercedes et Audi. Le conceptcar exposé au salon de Francfort 1995 était là pour recueillir les réactions au pays des spécialistes de l’automobile de prestige.
Mais l’automobile de rêve n’est pas toujours synonyme de luxe, comme on l’a vu précédemment. Ce peut être aussi un concept simple, mais doté d’une vraie personnalité, qui ne ressemble à aucun autre. Volkswagen a choisi cette voie en « osant » présenter, à Detroit, en 1994, la Coccinelle de l’an 2000. Drôle et jolie, cette « boule » sur roues a immédiatement déchaîné les passions. A tel point que le constructeur allemand la produira vraisemblablement avant la fin du siècle. La voiture du peuple des années cinquante est devenue, un demi siècle plus tard, une voiture de rêve. L’automobile change, chaque jour. Mais elle n’est pas la seule. Son propriétaire, passionné, change aussi. De là à dire que le design de l’automobile du futur passe inexorablement par le passé, il n’y a qu’un pas. Franchissons le allègrement. Et rêvons.
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